Année de la Santé : « Les questions de santé ne se limitent pas à la notion de soin »

Institutionnel

Mettre en lumière les fronts de science dans le domaine de la santé, renforcer les liens entre recherche et éducation : tels sont les objectifs de l’Année de la Santé, fruit d’un partenariat entre le CNRS et le ministère de l’Éducation nationale. Anne Siegel, sa coordinatrice pour le CNRS, revient sur les ambitions de cette nouvelle année thématique.

Une nouvelle année thématique, qui porte sur la santé, est officiellement lancée ce 14 octobre 2026. Quels en sont les objectifs ?

Anne Siegel1 : L’Année de la Santé est une nouvelle déclinaison du concept d’année thématique. Ce partenariat entre le CNRS et le ministère de l’Éducation nationale a permis de couvrir des domaines variés : la chimie (2018), les mathématiques (2019), la biologie (2021), la physique (2023), les géosciences (2024) et l’ingénierie (2025). Son objectif global est de mettre en lumière les avancées d’un champ disciplinaire tout en renforçant les liens entre science et éducation. Pour cette nouvelle année, le CNRS et le ministère ont choisi le thème de la santé, en la traitant à travers toutes les disciplines scolaires. 

Comment définit-on la santé ? 

A. S. : Nous nous sommes basés sur une définition exhaustive en classant nos actions dans trois grands thèmes : « Santé de tous et toutes », « Améliorer la santé des individus et de l’environnement » et « Innovation pour la santé ». Nous voulons montrer que les questions de santé, tant du point de vue de la recherche que des métiers, dépassent largement la notion de soin médical. Nous couvrons ainsi des thématiques comme les inégalités de santé, la santé mentale ou les liens entre santé et environnement, avec la question du One Health. Sur la base de ce périmètre, nous avons naturellement associé à l’Année de la Santé les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche actifs dans ce domaine : l’Inserm, INRAE, le CEA, France Universités, le Collège des sociétés savantes et l’Agence de programmes de recherche en santé (APRS).

Contrairement aux précédentes thématiques, la santé n’est pas présente en tant que discipline dans l’enseignement scolaire. Quels enjeux cela soulève-t-il ?

A. S. : Les années thématiques précédentes, tout en faisant appel à différents instituts du CNRS pour ce qui est de la recherche, s’adressaient effectivement à un nombre restreint de disciplines scolaires. Ce n’est pas le cas de l’Année de la Santé. L’enjeu est de montrer que les questions de santé couvrent de nombreux domaines, de la biologie aux sciences humaines et sociales en passant par les sciences technologiques. Cette acceptation large permet ensuite de décliner notre action auprès des enseignantes et enseignants de différentes disciplines : SVT, physique, mais aussi mathématiques, informatique, philosophie, sciences économiques et sociales, géographie…

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    Pilote de l’Année de la Santé au CNRS

Alain Wagner, lauréat de la médaille de l’innovation du CNRS 2025, observe la synthèse d’un conjugué anticorps-médicament réalisée par Salomé Soltner, doctorante dans l’équipe de Chimie biofonctionnelle du laboratoire Chémo-biologie synthétique & thérapeutique © Cyril FRESILLON / CBST / CNRS Images

Quelles sont les forces du CNRS dans le domaine de la santé ? 

A. S. : Le CNRS structure sa politique santé depuis plusieurs années, avec notamment l’élaboration d’une feuille de route santé en 2024. De fait, notre travail de cartographie a révélé qu’environ la moitié des laboratoires du CNRS travaillaient sur des questions de santé. Les recherches fondamentales qui y sont menées peuvent en effet s’appliquer à des questions de santé, ce qui génère de nouveaux défis et entretient des cercles vertueux. Par exemple, les recherches en robotique peuvent donner lieu à des avancées pour améliorer l’autonomie de personnes en situation de handicap. Ce modèle sous forme de continuum entre recherche fondamentale dans une discipline et recherche en santé au sein des laboratoires est une grande force pour le CNRS.

Comment transmet-on les dernières avancées de la recherche fondamentale dans un contexte scolaire ?

A. S. : Je suis convaincue que la meilleure manière de transmettre est de mettre des étoiles dans les yeux de notre public. C’est l’objectif de notre format « Récits croisés de science en santé », qui va se matérialiser sous la forme de conférences à destination des enseignantes et enseignants. Nous avons sollicité des ambassadeurs et ambassadrices scientifiques pour construire ces histoires avec des regards croisés, entre la biologie et l’histoire, l’ingénierie et la sociologie, les mathématiques et la géographie… Les thèmes abordés seront variés : l’histoire de l’artémisinine (un agent antipaludique), les enjeux de la vaccination ou encore les défis de l’imagerie médicale pour le diagnostic du cancer du sein. Ces récits aideront les enseignantes et enseignants comme les élèves à s’approprier les dernières avancées de la recherche.

Justement, quels sont les fronts de science dans le domaine de la santé ?

A. S. : Un premier enjeu est de mieux prévenir, donc comprendre les interactions réciproques entre les différents déterminants de santé tout au long de la vie pour anticiper et agir sur les risques. La seconde question est d’innover pour diagnostiquer, fonder des pronostics, traiter, diminuer les séquelles et réparer. La troisième est de personnaliser les prises en charge pour être plus efficace et réduire les effets secondaires. Par ailleurs, un objectif transverse est de donner des clés de compréhension et proposer des solutions pour accompagner l’ensemble des acteurs du système de santé (individus, proches, personnes aidantes, professionnels de santé) et les décideurs dans l’amélioration continue du parcours de santé.

Sur tous ces sujets, le CNRS est en première ligne, entre autres par l’intermédiaire des programmes et équipements prioritaires de recherche (PEPR)1 dont nous sommes pilotes ou partenaires. C’est le cas par exemple des organoïdes et organes sur puce pour modéliser les pathologies et prévoir leur sensibilité aux traitements, de la robotique et de l’autonomie, de la santé numérique et de la médecine personnalisée…

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    Les Programmes et équipements prioritaires de recherche (PEPR), lancés dans le cadre du plan national France 2030, visent à renforcer la place de la recherche française dans des domaines scientifiques cruciaux pour les transformations technologique, économique, sociétale, sanitaire et environnementale.

Programmation d'un robot Nao (SoftBank Robotics) utilisé dans le cadre de Rob’Autisme. Ce programme à destination des adolescents présentant des troubles du spectre autistique (TSA) propose un accompagnement thérapeutique basé sur la médiation robotique, culturelle et artistique © Jean-Claude MOSCHETTI / LS2N / CNRS Images

Un objectif de cette année thématique est de faire changer les regards sur les métiers liés à la santé. À quelles idées préconçues les élèves peuvent-ils être confrontés dans leur parcours d’orientation et comment les dépasser ?

A. S. : C’est l’un des chantiers les plus complexes de l’Année de la Santé. Nous voulons d’abord appuyer l’idée que les métiers de la santé ne se limitent pas au soin. Ensuite, pour beaucoup de métiers autour de la santé, il n’y a pas de lien évident entre la formation et la profession visée. Par exemple, pour devenir épidémiologiste, on passe par des études de mathématiques et d’informatique. Cet enjeu de l’identification des formations me paraît essentiel. Enfin, certaines filières souffrent d’une image complexe ou inaccessible, en particulier chez les jeunes filles. Si on arrive à faire en sorte que celles qui veulent travailler dans la santé se sentent légitimes à faire de l’informatique, de la physique ou des mathématiques, on aura gagné.

L’Année de la Santé s’inscrit dans la démarche « École promotrice de santé ». Quelle est cette initiative et que mettez-vous en place dans ce cadre ?

A. S. : Cette démarche est une stratégie de l’Éducation nationale pour réduire les inégalités sociales en santé. C’est une approche globale (éducation, prévention, protection), appuyée par les données de la recherche internationale, qui repose sur un réseau d’équipes académiques installé en 2020. Son objectif est de faire de l’école un espace d’épanouissement personnel pour les élèves, en renforçant leurs capacités à faire des choix favorables à leur santé. Dans le cadre de l'Année de la Santé, nos échanges avec les trois ministères en charge de l'éducation, de la santé et de la recherche nous ont incités à questionner la présentation de nos focus scientifiques. Par exemple, nous souhaitions évoquer le sujet du handicap ; nous l’avons redéfini pour mettre davantage en avant la notion d’autonomie. Tout l’enjeu est de dépeindre les avancées de la recherche en santé comme un futur désirable, au-delà d’une formulation peut-être trop pesante de nos problématiques.

Quelles actions prévoyez-vous tout au long de l’année thématique ? 

A. S. : Une de nos actions phares est le site web de l’Année de la Santé, sur lequel sont déjà décrits nos focus scientifiques. Le site permettra de valoriser tous les événements organisés dans les académies ainsi que de nombreuses ressources pédagogiques : plus de 400 sont déjà disponibles, des sciences de la vie à la philosophie. Le site mettra aussi en relation les scientifiques et les établissements scolaires pour organiser des rencontres ou des visites de laboratoires. Au niveau national, la journée de lancement se tiendra le 14 octobre 2026 à la Cité internationale universitaire de Paris. Elle sera notamment marquée par la mise en place d’un Village de la Santé qui rassemblera des associations, des start-ups ou encore de grands dispositifs de recherche comme les PEPR. De façon plus générale, l’Année de la Santé sera un succès si tous les acteurs et actrices s’emparent de ce concept. C’est ce à quoi nous travaillerons tout au long de l’année !

"Sports et santé" est l'un des 15 domaines thématiques de l'Année de la Santé © Cyril FRESILLON / ISM / CNRS Images